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le processus de grammatisation du kabyle

Type doc. :

Thèses / mémoires

Langue :

Français

Année de soutenance:

2018
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Notre étude du processus de grammatisation du kabyle nous a conduits à explorer un peu plus de deux siècles d’histoire de cette langue. Ce processus, nous l’avons étudié aussi bien dans ses aspects externes que dans ses caractéristiques internes. Ainsi, après avoir abordé la période qui a précédé la grammatisation, c’est-à-dire la péri-grammatisation au contact de la tradition grammaticale arabe, et déterminé le point de départ du processus de grammatisation proprement dit, nous avons passé en revue à la fois les différents types d’agents, les motivations et les différents moments de cette grammatisation. Ensuite, nous nous sommes attelés à retracer le processus à l’étude à travers la description du processus d’alphabétisation et l’étude des outils linguistiques dans leur diversité et leur évolution. Pour ce faire, nous avons examiné une quantité considérable d’outils linguistiques (grammaires, manuels d’apprentissage, lexiques et dictionnaires notamment) ainsi que d’autres documents et sources bibliographiques (récits de voyage, recueils de textes de la littérature orale, traductions de textes religieux, lettres, notices historiques diverses, etc.). Bien que la grammatisation soit théoriquement infinie, nous pouvons affirmer que l’outillage du kabyle est entré dans sa phase finale : celle de l’élaboration des outils monolingues. On peut considérer aussi que cette grammatisation est la plus avancée parmi les langues berbères. Certes, il y manque encore un dictionnaire général monolingue de la langue mais la lexicographie kabyle monolingue a déjà fait son apparition à travers quelques lexiques généraux et terminologies de spécialité. Pourtant, comparativement aux langues du monde des différents continents (les Amériques, l’Asie et quelques régions d’Afrique) la grammatisation du kabyle et des autres langues berbères est tardive. Alors qu’il existe des grammaires et des lexiques pour plusieurs langues amérindiennes, les langues d’Extrême-Orient asiatique et quelques langues d’Afrique, dès les XVe et XVIe siècles, aucune langue berbère n’est grammatisée avant la fin du XVIIIe siècle. C’est ainsi que la première mention de la langue kabyle par un savant européen ne date que de 1738. Quant aux premiers lexiques et éléments grammaticaux de cette langue, ils ne feront leur apparition que vers 1787-1790, grâce aux travaux du drogman et orientaliste français Jean-Michel de Venture de Paradis. Comme nous l’avons montré aussi, ni la tradition grammaticale arabe, ni l’usage de la graphie arabe, qui a précédé celui de la graphie latine et a coexisté avec elle pendant un certain temps, n’ont pu véritablement déboucher sur la grammatisation de la langue kabyle. Ce sont en effet des auteurs européens parmi lesquels figurent successivement des voyageurs, des diplomates, des militaires, des religieux, etc., qui ont procédé à l’outillage des 298 langues berbères aux XVIIIe et XIXe siècles. Comme pour la majorité des langues du monde, la grammatisation du kabyle relève donc d’une exo-grammatisation. Elle résulte d’un exotransfert parce que les auteurs qui ont effectué ce transfert technologique ne sont pas des locuteurs natifs du kabyle. Le transfert a été réalisé à partir de la tradition grammaticale occidentale, et plus particulièrement de la tradition grammaticale française. A ses débuts, cette grammatisation a été motivée par l’apprentissage de la langue kabyle par un public d’étrangers dont l’intérêt est lié à l’établissement de relations politiques et commerciales et, quelques décennies plus tard, par la conquête militaire et la colonisation. Toutefois, agents, motivations, intérêts et outils de la grammatisation n’ont pas cessé d’évoluer à travers le temps. Sur une période de plus de deux siècles d’outillage de la langue kabyle, on est en passe d’accomplir la transition des outils exclusivement bilingues aux outils monolingues. Les premiers, de loin les plus nombreux, sont élaborés par des étrangers et sont destinés à leurs compatriotes, donc à des usagers non natifs ; ils sont souvent notés dans la graphie arabe et suivis d’une transcription en caractères latins. Les seconds, oeuvres des natifs, se présentent sous des formes plus ou moins normalisées et ils sont notés dans la graphie latine seule. Entre ces deux extrémités du processus, on rencontre divers types d’outils, d’agents, de motivations et d’intérêts parmi lesquels les travaux des Pères Blancs du FDB figurent parmi les plus déterminants. Par ailleurs, on ne doit pas perdre de vue que l’outillage du kabyle s’est effectué dans un contexte sociolinguistique défavorable, pour ne pas dire contraignant. En effet, l’absence d’un statut juridique de cette langue et sa mise à l’écart de l’institution scolaire et des domaines formelles d’une manière générale, aussi bien sous la colonisation française que durant les premières décennies de l’indépendance algérienne, ont pesé lourdement sur le rythme et la forme de son outillage. Le kabyle a toujours vu son rôle considérablement réduit par les deux langues dominantes en Afrique du Nord, le français pendant la colonisation, l’arabe et le français depuis l’indépendance. L’une des conséquences qui découle de cet état des faits se reflète dans les formes et les contenus des outils linguistiques. On note en effet une prédominance des outils bilingues kabyle-français, dans lesquels le français sert de métalangue et, jusqu’à récemment, une absence notable des manuels d’écriture. Deux évènements historiques majeurs ont pu avoir un impact significatif sur le rythme et la forme de la grammatisation du kabyle. En premier lieu, la colonisation de l’Algérie à partir 299 de 1830 a vu à la fois l’accélération dans le rythme de l’outillage de la langue et le début de l’hégémonie des grammairiens et lexicographes français et par conséquent l’imposition du modèle français comme source principale de la grammatisation du kabyle. Avant cet évènement, on ne relève guère que quelques lexiques et exposés grammaticaux émanant pour la plupart des auteurs anglais et américains. En second lieu, l’indépendance de l’Algérie, intervenue plus d’un siècle plus tard, en 1962, a ouvert la voie à la revendication d’un statut juridique pour la langue kabyle et à l’aménagement de son corpus. Aussi, sous le nom de tamazight et en dehors des institutions officielles, la langue kabyle bénéficie-t-elle depuis la fin des années 1960 d’un effort continu de la standardisation de son écriture, de l’élaboration des outils monolingues et des terminologies de spécialité dans les domaines les plus divers. Les agents natifs ont remplacé presque entièrement les agents étrangers. L’intégration progressive de cette langue dans le système éducatif algérien et son enseignement effectif dans les écoles de Kabylie notamment, à partir de 1995, verra la multiplication des outils linguistiques monolingues. Ces derniers se déclinent sous plusieurs formes : manuels scolaires, manuels parascolaires, livrets d’écriture, etc. Enfin, à peine cette phase de l’élaboration des outils linguistiques monologues entamée que la langue kabyle se trouve confrontée à un nouveau défi, qui engage son avenir et sa survie même: celui de son informatisation/automatisation et de son appropriation des NTIC. Malgré de nombreuses insuffisances, le kabyle est sans doute l’une des langues berbères les plus « informatisées » ; elle est aussi la mieux représentée sur internet. Grâce à de nombreuses initiatives émanant des associations culturelles et des groupes de militants, le kabyle a pu tout de même assurer une présence symbolique sur la toile. On recense plus d’une cinquantaine de sites internet qui utilisent entièrement ou partiellement la langue kabyle. Les travaux de l’Unicode ont aussi résolu partiellement les problèmes liés à l’écriture dans l’usage des ordinateurs. Cependant, il ne pourrait y avoir d’avancées notables dans ce domaine sans une réelle politique des pouvoirs publiques et une mobilisation des moyens financiers importants. Ainsi, si le processus de grammatisation du kabyle a pu se dérouler partiellement grâce aux travaux individuels initiés par des auteurs appartenant à divers horizons, son automatisation ne peut se concrétiser sans l’appui direct des institutions et des pouvoirs



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Amaoui, M. & Brugnatelli, V. (2018). le processus de grammatisation du kabyle (Doctorat) . Tizi Ouzou.