Etude comparative entre l'enfant noir de Camara Laye et le fils du pauvre de Mouloud Feraoun
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Notre étude a reposé essentiellement sur une analyse de contenus. Celle-ci a répondu le mieux, selon nous, à l’objet de notre recherche. Elle s’est articulée autour de l'approche historique et sociologique de deux oeuvres de la littérature d’expression française : L’Enfant noir de Camara Laye et Le fils du pauvre de Mouloud Feraoun. Après avoir situé et étudié ces deux oeuvres dans leur cadre historique spatial et social, nous avons constaté qu’elles avaient été écrites dans des conditions sociales et historiques presque analogues. Le thème de l’enfance est utilisé par les deux auteurs pour montrer la difficulté d’opérer des changements inéluctables dans des sociétés marquées par l’histoire coloniale et le poids des traditions dans un monde en perpétuel devenir. En effet, Laye évoque avec bonheur son enfance villageoise, au sein d’une famille guinéenne très attachée aux traditions ancestrales ; de même, Feraoun détaille longuement sa vie kabyle dans ses manifestations quotidiennes. Nos deux auteurs ont eu la capacité et le mérite de traduire fidèlement leurs réalités propres. Notre étude avait pour objectif d’expliciter le lien entre les deux oeuvres africaines et les réalités sociales vécues par chaque protagoniste, l'enfance étant leur fil conducteur. L'évocation de l'enfance ne concerne pas seulement l'oeuvre de Feraoun et de Laye : en effet, elle apparait aussi dans d’autres productions littéraires d’expression Française. Cet aspect nous a naturellement amené à réfléchir sur le retour aux origines et sur l’évolution de la littérature maghrébine et guinéenne Inscrit dans la littérature algérienne d’expression française, Le Fils du pauvre "donne à voir" toute une société maghrébine, et algérienne notamment, marquée par l’aliénation, le déchirement, la faim, la misère, les traditions accablantes, les pensées ancestrales et le raisonnement 113 archaïque. L'image de l’enfance, véhiculée par Laye et Fouroulou, a suivi un processus particulier dans le sens où elle a rassemblé une pluralité d’autres images. Cette image contribue ainsi à témoigner de l'existence difficile des peuples colonisés. Dans la deuxième partie de notre travail, notre objectif était de répondre à la question suivante: à quel genre littéraire appartiennent L’enfant noir et Le Fils du pauvre ? Nous avons conclu que ces deux oeuvres étaient différentes : la première est une autobiographie, et la seconde appartient au roman autobiographique. Nous sommes partis de la définition de l'autobiographie établie par Lejeune. Nous avons ensuite nuancé cette définition en exposant les différentes étapes de l’écriture. Notre constat partait du fait que les deux oeuvres étaient constituées dans leur majeure partie d'un récit de vie, relatant des événements et ressemblant à ceux vécus par les deux auteurs. Nous avons ensuite constaté que, dans le roman de Feraoun, l'écriture autobiographique, possédait certaines anomalies qui empêchaient son fonctionnement habituel (anagramme du nom, date de naissance erronée, des scènes fictives relatant la mort des deux tantes maternelles). Ces symptômes du dérèglement de l'écriture autobiographique se doublaient d'une autre curiosité, à savoir l'utilisation du pronom personnel « il », présent dans la deuxième partie du roman. En définitive, tous ces éléments ont fait dévier l'écriture autobiographique et lui ont substitué un large projet fictionnel. L’autobiographie, comme le roman autobiographique, sont des genres récents dont les normes ne sont pas encore tout à fait instituées. La confusion qui les lie souvent est en rapport avec l'ambiguïté qu'entretient 114 cette personne énigmatique qui est « Je », là où réside l'identité de chacun des deux genres. Cette idée de confusion se justifiait aussi par le fait que des voix multiples déplacent le centre de la narration d'un « Je-origine unique et réel » à des « Je-origines fictifs ». Jean Thibaudeau a cependant souligné que ce même « Je » unique peut avoir lui-même différentes facettes qui le rendent multiple ou polyphonique. Si l’autobiographie se fonde sur l'écriture du « Je », elle ne peut révéler, à la différence de l'écriture fictionnelle, un jeu polyphonique au sein même de ce « Je » prétendu unique. Georges Gusdorf, quant à lui, voit que: « Tout roman, à le bien prendre, est une autobiographie, toute autobiographie est un roman »268. Jean Starobinski pense que la frontière entre roman et autobiographie reste floue : non seulement l'autobiographe peut mentir, mais la « forme autobiographique » peut revêtir l'invention romanesque la plus libre : les « pseudo-mémoires », les récits « pseudo-autobiographiques » exploitent la possibilité de narrer à la première personne une histoire purement imaginaire. Le je du récit n'est alors assumé « existentiellement » par personne; c'est un je sans référent, qui ne renvoie qu'à une image inventée. Pourtant le je du texte est indiscernable du je de la narration autobiographique « sincère ». On en conclut aisément que, sous l'aspect de l'autobiographie ou de la confession, et malgré le voeu de sincérité, le « contenu » de la narration peut fuir, se perdre dans la fiction, sans que rien n'arrête ce passage d'un plan à l'autre, sans qu'aucun indice non plus ne le révèle à coup sûr269 On ne peut donc pas toujours établir avec certitude la frontière qui sépare le récit à la première personne de l'autobiographie authentique. Gérard Genette lui même ne peut échapper à ce constat incontournable : Si l'on considère les pratiques réelles, on doit admettre qu'il n'existe ni fiction pure ni Histoire si rigoureuse qu'elle s'abstienne de toute « mise en intrigue » et de tout procédé romanesque ; que les deux régimes ne sont donc pas aussi éloignés l'un de l'autre, ni, chacun de son côté, aussi homogènes qu'on peut le supposer à distance270. 268 « De l'autobiographie initiatique à l'autobiographie genre littéraire », in Revue de l’Histoire littéraire de la France, cité, p. 269 Jean Starobinski, « Le style de l'autobiographie », in L’OEil vivant II, cité, p. 258. 270 Gérard Genette, Fiction et diction, cité, p. 92. 115 D'où la difficulté à laquelle se heurtent les théoriciens dès qu'ils cherchent à définir le genre autobiographique. Le thème de l’enfance est toujours au coeur de nombreux romans de la littérature d’expression française. Il est le support, le refuge ou le masque de la névrose des adultes ou de leurs angoisses. Le champ d’investigation sur ce thème reste toujours ouvert pour d’autres recherches tout comme le roman autobiographique
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| 200LE/F/2010/11 | 200LE/F/2010/11 | BIB-TIZI OUZOU / Mag du RDC | interne | disponible |